Par Pierre Harkay, économiste et CEO d’Impact Finance Belgium, le réseau de la finance à impact
Le week-end dernier, notre capitale a de nouveau vu défiler des dizaines de milliers de manifestants réclamant une politique climatique plus ambitieuse. Un de leurs messages était clair : « Non, il ne manque pas d’argent. Il faut juste qu’il arrive là où il peut vraiment changer les choses. » C’est exactement ce en quoi nous croyons aussi chez Impact Finance Belgium (IFB). En cette Journée internationale de la durabilité, nous voulons rappeler que l’argent n’est pas neutre. Ce que nous finançons aujourd’hui dessine le monde de demain. Investir avec un impact positif sur l’humain et sur la planète n’est plus une ambition morale : c’est devenu une nécessité économique et sociétale.
Jane Goodall, cette femme d’exception disparue le 1er octobre, disait : « Tu ne peux pas passer une seule journée sans avoir un impact sur le monde autour de toi. Ce que tu fais, fait une différence, et tu dois décider de quelle différence il s’agira. » Cette belle citation s’applique aussi pour notre argent : chaque euro investi a un impact. La vraie question est : quelle différence voulons-nous faire avec nos investissements ? Allons-nous continuer à nourrir, par nos placements, les systèmes qui entretiennent les inégalités et le dérèglement climatique ? Ou allons-nous mobiliser nos ressources comme un levier vers une société plus résiliente, plus juste, plus humaine ?
Les manifestants du week-end dernier ont rappelé aux gouvernements leurs responsabilités : réduire les subventions aux énergies fossiles, faire payer les gros pollueurs, accélérer la transition juste. Mais il ne suffit pas de pointer l’État. Le monde financier, lui aussi, a un rôle central à jouer. Et heureusement, il commence à se transformer, souvent plus qu’on ne le croit.
Pendant trop longtemps, l’investissement s’est résumé à deux paramètres : le risque et le rendement. Les conséquences sociales et écologiques étaient mises à part, reléguées à la philanthropie. Mais cette époque est révolue. Le climat, la biodiversité, les inégalités : ces enjeux ne sont pas que moraux, ils représentent aussi des risques financiers bien réels, qui influencent directement les marchés, les entreprises et le rendement de nos portefeuilles.
Si ces défis sont immenses, les opportunités le sont tout autant : énergies renouvelables, modèles circulaires, soins accessibles, villes durables… Ce ne sont plus des niches, mais les piliers de la croissance de demain. Investir avec impact, c’est donc être lucide, responsable et tourné vers l’avenir.
Mais mieux encore est de parler d’investissement à impact positif. Un terme qui réunit deux approches complémentaires :
l’investissement durable, qui soutient des solutions éprouvées, solides, compétitives ;
et l’investissement à impact, plus audacieux, qui mise sur l’innovation pour relever les grands défis sociaux et environnementaux.
L’un vise la mise à l’échelle et la stabilité, l’autre l’élan et l’innovation. Ensemble, ils reconnectent le capital à sa raison d’être : créer de la valeur à long terme pour la société.
D’ailleurs, nous ne sommes pas en reste en Belgique, où fourmillent des exemples inspirants. Banques, assureurs, fonds d’investissement, entrepreneurs… ils sont déjà nombreux à prouver que l’argent peut avoir du sens, ici et maintenant. C’est dans cette optique que IFB a lancé une publication qui présente 16 cas concrets : des fonds de capital à risque aux fonds d’investissement et d’épargne durables, en passant par les obligations, qui tous créent de l’impact positif en Belgique ou dans les pays en développement.
Par exemple, un fonds belge a permis de lancer une plateforme numérique d’aide à domicile pour les seniors et les personnes en situation de handicap. Grâce à ce financement, cette innovation a pu être testée, validée, puis déployée à grande échelle. Résultat : des soins plus accessibles, plus humains, plus abordables.
Ou encore, une jeune entreprise agricole développe des alternatives naturelles aux engrais chimiques : meilleures récoltes, moins de pollution. Grâce à l’investissement à impact, elle peut aujourd’hui accélérer son développement.
Dans le secteur de l’énergie renouvelable, un projet éolien d’envergure a vu le jour grâce à une alliance entre argent public et capital privé. L’État a joué les pionniers, les investisseurs ont suivi. Et c’est ainsi que la transition énergétique s’accélère.
Enfin, une banque et un assureur belges joignent leurs forces et investissent l’épargne et les primes de leurs clients dans la rénovation d’écoles, surtout dans les quartiers fragilisés. Parce que l’éducation est aussi un investissement à impact.
Ces projets ne sont pas des exceptions. Et ils renforcent notre économie, notre compétitivité, notre autonomie stratégique. N’est-ce pas là le cœur même des priorités actuelles ?
Investir avec impact, ce n’est pas seulement “faire le bien”. C’est répondre aux grands défis de notre époque : géopolitiques, économiques, sociaux. C’est sécuriser l’Europe en construisant des systèmes durables et résilients. C’est renforcer la cohésion en rendant les soins et l’éducation accessibles à tous.
Notre ambition est claire : faire de l’impact un critère aussi essentiel que le risque et le rendement. Cela demandera du courage aux décideurs, de la rigueur et de l’audace aux institutions financières, et de l’engagement aux épargnants. Mais les preuves sont là, chez nous : du livret d’épargne à l’éolienne, du fonds de soins à l’action cotée, le capital peut véritablement changer le monde.
La seule question n’est donc plus si nous devons emprunter cette voie, mais à quelle vitesse nous ferons de l’impact la nouvelle norme. Et de décider quelle différence nous voulons créer pour le monde de demain.
Le mois prochain aura lieu la Belgian Impact Week, grand rendez-vous des investisseurs à impact, entrepreneurs et décideurs engagés.
Source : L’Echo – Carte blanche de Pierre Harkay, 13 octobre 2025
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